Huelva - les fraises de Christophe Colomb
ça va être plus long cette fois...
Huelva est une petite ville très industrielle entre le delta du Rio Tinto et celui du Rio Odiel, à 70 km du Portugal en suivant la côte méditerranéenne.
A Huelva, il y a tout plein de compagnies de bus qui proposent des allez-retour Espagne-Roumanie. A peu près 3 jours de trajet pour 115 €. En tous cas moins cher que l'avion.



On voit de la publicité pour ces compagnies jusque sur les murs des maisons...
Entre 1999 et 2004, La Guardia Civil a restructuré son système de surveillance anti clandestins au large du détroit de Gibraltar. Une « frontière électronique » a été mise en place entre Barbate et
Algésiras, avec miradors, caméras thermiques et infrarouges, hélicoptères et patrouilleurs maritimes. L'Espagne a consacré
plus de 150 millions d'euros à l'amélioration de son système intégral
de surveillance extérieure.
Résultat, le nombre de clandestins appréhendés aux Iles Canaries a augmenté de 574% en 2005.
(Je me base sur les informations de divers sites internet que je cite à la fin de cette page. Je ne garantis donc pas l'exactitude des dates et des chiffres, c'est d'ailleurs pas très important pour mon travail. Ca donne juste une idée.)
Bref, vu la situation et le manque de main d'oeuvre en résultant soudain, les agriculteurs de la fraise de Huelva ont fait appel à une autre main d'oeuvre, pas chère non plus, les femmes de Roumanie...(et de Bulgarie, Ukraine, Moldavie, etc...). (Je vous laisse à ce sujet visionner le documentaire de la TSR, dont le lien se trouve en bas de cette page. Je ne m'attarderai pas non plus sur sur les aspects sociaux et moraux des conditions de travail dans la région pour ces personnes, la TSR l'a déjà très bien fait.)
Voilà donc l'explication des bus. Il y a quand même encore pas mal de Marocains, Maliens, Sénégalais et autres dans la région, assez contents de voir arriver cette main d'oeuvre féminine, vu le peu de contacts qu'ils ont avec les Espagnoles...
J' ajoute ici ici une petite précision: la saison des fraises est terminée. Tous les travailleurs de la fraise que j'ai rencontré et avec qui j'ai parlé s'apprêtent à rejoinder Jaen, une ville plus au nord, pour la récolte des olives. Une fois les olives finies, ils reviendront aux fraises...fin janvier.
(Je vous fait grâce de mes enregistrements en espagnol, anglais et russe, j'ai pas le temps de tout traduire).
Je continue, et vous présente: les fraises de Huelva! (dès fin février dans votre Coop, Migros, etc.)
une autre vue:
et encore une autre:
Et maintenant une spéciale, avec les industries de Huelva en arrière-plan:
Et une dernière, avec les engrais: (ça sent très fort le collier anti-puce pour chat, ça dit quelque chose à quelqu'un? je m'y connais pas assez...)
Je me permets également de vous faire écouter le bruit des zones industrielles dans lesquelles poussent les fraises huelviennes: (en regardant la photo, comme d'habitude - et en mettant les écouteurs svp)
(ce n'est pas mon micro qui sature, c'est les fils électriques au-dessus de ma tête)
Ironie de l'histoire, c'est exactement depuis ici que Colomb est parti à la découverte de ses Indes. Sa statue au loin, énorme parmi les usines, les fils et les fraises:
Et voici ses trois bateaux, (reconstruits à l'échelle):
et l'endroit exact d'où il s' en est allé:
(Le petit port est complètement ensablé. La faute en partie au tremblement de terre de Lisbonne (XIIIème siècle). On peut se demander d'ailleurs pourquoi Colomb est parti de là, plutôt que de Cadix où toutes les infrastructures auraient été à disposition...Une des raisons est bien simple: quelques mois avant, en janvier 1492, les Rois Catholiques décidèrent l'expulsion des Juifs des royaumes de Castille et d'Aragon. Il devait donc y avoir du monde dans les grands ports...)
En passant, encore un aspect de l'Histoire souvent oublié: le moine dominicain Bartolomé de las Casas, révolté par la brutalité avec laquelle les conquistadores traitaient les indigènes dans les îles, persuada le légat du Pape qu'ils avaient une âme et proposa de les remplacer par...des Africains. Le début de l'esclavage noir dans les nouvelles terres.
J'ai donc bouclé la boucle, entre les bus de Roumaines, les Africains, les Juifs, les fraises et Christophe Colomb. Des histoires de bateaux qui partent, de bateaux qui arrivent, de bus, de travail, d'usine, de monoculture intensive, d' Inquisition, de gens qui partent s'installer dans les colonies espagnoles du Nouveau Monde et d'esclaves africains qui les suivent et des gens qui arrivent en Europe pour travailler...
En conclusion de cette très longue page, une reproduction de statue aztèque tout près du port de Palos de la Frontera:
Sale gueule. Il vient de goûter une fraise.
liens: http://www.jeuneafrique.com, www.grands-reporters.com, www.tsr.ch/tsr/index.html?siteSect=311201&sid=4834004 (documentaire sur les fraises de Huelva), http://www.afrik.com, http://www.tunezine.com, ttp://medias.lemonde.fr.
21.11.2008 22:22 Lien permanent 1 Commentaire(s) Imprimer le billet
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